Mille gouttes opalines

Un senryū érotique chaque matin, pendant mille jours

Quatre-cent-quatre-vingt-huitième goutte

Se frotter contre une
Ferrari est un plaisir
Autoérotique.

C’est aussi un plaisir réservé aux ultrariches, cette grande bourgeoisie qui ne se mêle jamais aux gueux que nous sommes et que nous devons observer de très loin – de moins en moins pour les admirer, de plus en plus pour les haïr d’une juste et compréhensible colère.

La hausse fulgurante de la demande pour les services des travailleur·euses du sexe pendant le Grand Prix de Montréal fait l’objet de discours médiatiques chaque année – et chaque année ramène son lot de propos affligeants envers le travail du sexe en général et les TDS en particulier. Cette année, on pourrait peut-être aussi s’intéresser à d’autres aspects de cet événement qui est un désastre écologique organisé et récurrent, la vitrine dorée de notre exploitation de classe – subventionnée par-dessus le marché par les ponctions fiscales des divers paliers de gouvernement impliqués.

Chaque année, des bourgeois de partout au monde viennent parader sur l’Île Sainte-Hélène en portant des vêtements qui coûtent six mois de votre salaire pour venir vous montrer qui sont vos rois et maîtres. C’est assimilable à un rituel archaïque du pouvoir, comme Saint-Louis rendant la justice sous son chêne à Vincennes ou guérissant les scrofules par l’apposition des mains. La version contemporaine est mille fois plus vulgaire : des milliardaires émoustillés zieutant des jeunes dames courtement vêtues qui posent sur des véhicules valant des millions de dollars, symboles ultimes du capitalisme omni-destructeur qui est la source de leur pouvoir. Cette bourgeoisie préfère voir mourir toute la beauté du monde et causer l’hécatombe généralisée plutôt que d’abandonner ne serait-ce qu’une miette des ses privilèges et de son pouvoir.

Au Grand Prix, on regarde des machines à la fine pointe de la technologie tourner en rond. Comme nous le faisons tous et toutes, chaque jour, sans savoir faire autrement, pendant que nos Maîtres s’enrichissent, s’amusent et rient, champagne à la main.

Le voilà, le vrai scandale.

À demain pour un autre tercet obscène.

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