Un bosquet propice
Aux étreintes sénescentes
Tout près de l’hospice.

Parlant d’amours sénescentes, voici un texte de 2010, tiré de mes archives.
Vieux motard que j’aimais
La Triumph Bonneville grimpa en pétaradant la rue paisible du quartier de banlieue, puis se gara dans l’entrée asphaltée d’une petite maison aux briques roses. Bardé de cuir, le motard retira son casque, recoiffa sa chevelure blanche, puis frappa à la porte de sa main gantée. Après une longue série de bruits de serrures, de chaînes et de loquets, une dame portant chignon et tablier de dentelle finit timidement par ouvrir.
— Madame Poulin ?
— Oui.
— Vous ne me connaissez pas, mais il y a quelques années – en fait, plusieurs années, puisque c’était en juillet 1957 – je faisais de la randonnée dans le parc quand j’aperçus un couple s’apprêtant à faire l’amour. La fille était debout sur un rocher, nue…
— Oh !
— Et puis je les ai vus, tous les deux, les mains de l’homme parcourant le corps de sa compagne, lentement, et puis sa tête, entre ses cuisses… la fille poussait de petits cris, le corps arqué, tremblant… après un moment, il s’est relevé, il a couché son amante sur la mousse, sur le dos… puis, en tenant fermement ses chevilles, il s’est mis à la… enfin, vous savez, à la prendre, d’abord lentement, puis de plus en plus rapidement. Et j’entendais ses cris flûtés, leur écho contre la falaise…
— Doux Jésus !
— Ensuite, la fille l’a repoussé, il s’est retrouvé sur le dos, et elle l’a chevauché. Et c’est là que je l’ai vue, les bras derrière la nuque, les cheveux fouettés par la brise, les seins dressés… si fière et si magnifique dans le soleil couchant et… je… j’ai encore cette image gravée dans l’esprit. Elle était si belle…
— Je…
— Je sais, vous allez dire que j’étais fou, mais j’étais obnubilé par cette image. J’ai réussi à découvrir qui elle était, quelle école elle fréquentait, où elle habitait. Hélas! Lorsque j’eus enfin le courage de lui parler, ce fut pour apprendre qu’elle allait se marier avec le jeune homme du parc. Ce fut le jour le plus noir de mon existence – depuis, je suis resté célibataire.
— Mon Dieu !
— Vous avez bien compris, cette fille, c’est vous. J’ai appris l’an dernier à la même date la mort de votre mari et après avoir respecté votre deuil pendant quelques mois, j’ai pensé… vous savez, je sais ce que c’est que d’être seul au monde, Jeanne…
— Oh !
— Je… j’espère que je ne vous ai pas ébranlée… je peux partir, si vous le souhaitez.
— Non, je vous vous en prie, entrez, Monsieur… euh…
— Je me nomme Hervé. Sans vouloir être présomptueux, je me demandais si… si je pouvais… est-ce que je peux vous voir nue, Jeanne ?
— Et bien… euh… Hervé… c’est que… mon corps n’est plus ce qu’il était.
— Ça ne fait rien, chérie, mes yeux non plus.

À demain pour un autre tercet obscène.
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