Mille gouttes opalines

Un senryū érotique chaque matin, pendant mille jours

Six-cent-soixante-septième goutte

La plupart des livres
De ma bibliothèque ont
Été censurés.   

Pour une raison très simple: la majorité des livres de ma bibliothèque sont des œuvres (érotiques, mais pas que) écrites avant 1960. Selon l’historien Pierre Hébert, la censure au Québec a connu trois phases: la censure casuelle (1625-1840) la censure cléricale (1840-1959) et la censure judiciaire (depuis 1960).

Je n’ai personnellement aucun livre érotique dans ma bibliothèque qui ait été publié au Québec avant 1971, date où est paru un «rejaquettage» d’un roman préalablement publié en Suisse, comme l’explique Richard St-Germain:

[…] il arrivait également que le titre d’un ouvrage soit conservé mais que le nom du romancier soit modifié. Par exemple, le roman français Maïté de Serge Laurac, pseudonyme de Pierre Genève, alors directeur des Éditions Eurédif sises au 8, rue de la Baume à Paris, était diffusé au Québec sous le titre Marie-Thérèse et signé Serge de la Baume.

Il faut dire que le contexte social et judiciaire n’avait rien pour encourager les talents locaux. Toujours selon Pierre Hébert, les années soixante semblent avoir été l’époque-clé dans la libéralisation de la diffusion des œuvres érotiques au Québec. Alors que le système judiciaire prend le relais de l’Église catholique pour assurer la moralité publique, des procès pour obscénité sont intentés contre les libraires qui ont vendu L’amant de lady Chatterley, de David Herbert Lawrence (en 1959) et Histoire d’O, de Pauline Réage (en 1967).

Le cas le plus important me semble toutefois celui intenté aux Éditions Parti pris pour avoir publié un recueil de poésie (maintenant oublié) d’André LoiseletLe mal des angesen 1969. En appel, le juge Ignace Deslauriers rendra un jugement qui fera date. En gros, il tranchera en disant que le livre manque de bon goût et de distinction, mais que ce n’est pas à la cour de trancher sur la valeur littéraire des œuvres et surtout, que ça n’a rien à voir avec l’article 150 du Code criminel (qui concerne l’obscénité).

À partir ce ce moment, les livres seront rarement l’objet de poursuite en obscénité, en fait jusqu’à l’affaire de Hansel et Gretel d’Yvan Godbout… en 2019.

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