Mille gouttes opalines

Un senryū érotique chaque matin, pendant mille jours

Six-cent-cinquante-quatrième goutte

Je cherche un Brantôme
Voulant raconter ma vie
De dame galante. 

Pierre de Bourdeilles, dit Brantôme (1540-1614), est un militaire français aujourd’hui plus connu pour ses œuvres décrivant la vie intime de ses contemporain·es, tous publiés après sa mort.

Pendant les trente dernières années de sa vie, Brantôme met en forme ses mémoires sous forme de récits de guerre et de voyage ainsi que de chroniques du XVI e siècle, en dictant plus de 4000 pages à son secrétaire. Courtisan, il a recueilli les faits et gestes du quotidien, a réalisé des portraits très flatteurs et a su conter de façon très crue les mœurs amoureuses de la noblesse qu’il a côtoyée.

Ayant fait partie de la cour rapprochée du roi, il est entré dans l’intimité des princes, il a connu les grandes dames de son époque, comme la Reine Margot ou Catherine de Médicis, qu’il a bien décrites dans ses biographies et qu’il a surtout admirées et aimées.

Amoureux des femmes, il a été un vrai fétichiste des jolies jambes en racontant que « nombre de gentilshommes avant de porter leurs bas de soie, suppliaient leurs dames de les porter pendant huit jours » ou « une belle jambe et un beau pied ont une grande faveur et pouvoir à l’empire d’amour ». Il y eut alors des disputes à la Cour, à savoir si une jambe est plus belle nue que couverte. « La jambe nue ne pouvait être montrée qu’au lit ; si elle était montrée en marchant, la dame manquait de décence et il fallait au moins qu’elle fût chaussée d’un escarpin ou de mule en velours. Les chausses (les bas) devaient être tendues et attachées à une jolie jarretière ». C’était donc une gloire à la Cour de France d’avoir de belles jambes ; et Catherine de Médicis « soignera » la beauté de ses jambes, elle ne les cachait ni sous sa jupe, ni sous son cotillon. Elle portera ainsi des caleçons de toile d’or et d’argent.

Son plus fameux ouvrage est La Vie des Dames Galantes, «galantes» signifiant ici « plaisantes, honnêtes, de qualité, de bonne compagnie, de belle humeur». Il y écrit: «les dames affolées de plaisir, asservies au caprice des gentilshommes se livraient sans vergogne à toutes les libertés». Brantôme admettait que les dames se laissent courtiser «ce ne sont pas des victimes passives et résignées, elles éprouvent le désir, elles se donnent volontiers mais attendent d’être comblées. Gare à l’amant défaillant ! On le chasse s’il fait moins qu’il ne promet».

Il rajoute qu’au XVIe siècle, les femmes sont «beaucoup plus ardentes aux effets de l’amour que les hommes» et répertorie ainsi les manières d’épanouir une sexualité heureuse qui doit être sans contrainte, s’exerçant donc habituellement dans des liaisons illégitimes: «si tous les cocus et leurs femmes qui les font se tenaient tous par la main et qu’il s’en furent faire un cerne, je crois qu’il serait assez suffisant pour entourer et faire le tour la moitié de la terre».

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