Mille gouttes opalines

Un senryū érotique chaque matin, pendant mille jours

Quatre-cent-quatre-vingt-dixième goutte

J’ai tant tiré sur
Ta chevillette que ta
Bobinette a chu.

C’est samedi ! On sur-analyse un conte populaire – juste parce qu’on peut le faire !

La première version écrite du Petit Chaperon rouge a été publiée en 1697 par Charles Perrault. On estime généralement que ses contes, provenant de la tradition orale, ont été écrits pour divertir et éduquer les dames de la cour de Louis XIV. C’est pourquoi plusieurs de ses histoires leur étaient destinées plutôt qu’aux enfants – et c’est le cas du Petit Chaperon rouge.

Dans la version de Perrault, le petit chaperon rouge est beaucoup plus âgée que dans les versions modernes qu’on vous a probablement racontées quand vous étiez enfant. Perrault vivait à une époque où les cheveux étaient considérés comme l’un des principaux moyens pour les femmes d’attirer les hommes, de sorte qu’après la puberté, il était courant de se couvrir les cheveux avec des bonnets, des filets à cheveux ou d’autres couvre-chefs. Ce capuchon de «petite fille» n’est donc pas sans implications.

Mais ce n’est pas tout. De nombreux historiens estiment que la couleur des vêtements du petit chaperon rouge indique clairement que cette jeune fille a eu ses premières règles et qu’elle s’aventure donc dans la forêt (obscure et dangereuse) de la sexualité féminine. Il convient également de noter qu’à l’époque de Perrault, le rouge était considéré comme une couleur tout sauf chaste. En fait, cette douce jeune fille courant dans la forêt en rouge était en quelque sorte un panneau d’affichage clignotant indiquant qu’elle avait une réputation leste. Sans surprise, elle tombe sur un loup qui ne cherche qu’une seule chose… du sexe facilement accessible.

Puis vient le fameux échange: «Grand-mère, quelles grandes oreilles tu as !» Le fait que le petit chaperon rouge nomme chaque partie de l’anatomie du loup – en insistant sur leur taille énorme – est un sous-entendu que je ne vous expliquerai pas. Lorsqu’elle remarque ses énormes dents, le loup l’avale tout entière. Dans la version de Perrault, contrairement aux versions subséquentes (dont celle des frères Grimm), le petit chaperon rouge n’et pas sauvée par un bucheron et meurt.

L’expression «Elle a vu le loup» était un dicton de l’époque pour décrire une jeune fille qui avait perdu sa virginité. Perrault énonce la morale dès la fin de son histoire, et même s’il mentionne que les jeunes filles bien élevées ne doivent pas écouter les étrangers, il n’en reste pas là :

MORALITÉ:
On voit ici que de jeunes enfants
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles;
Mais hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux
De tous les loups sont les plus dangereux

Son propos était on ne peut plus clair : certains hommes d’apparence inoffensive sont en fait des loups déguisés qui ne demandent qu’à voler la vertu des jeunes filles. Et pour Perrault, si une fille se laisse prendre par une bête, il n’y a plus d’espoir de rédemption par la suite, les femmes ne pouvant jamais retrouver leur vertu et leur honneur.

Quant à la chevillette et à la bobinette, il ne s’agit en fait (respectivement) d’une petite cheville qui permet de garder une porte fermée et une pièce de bois pivotant sur le battant de la porte. Oh, et «cherra» est la troisième personne du singulier du futur de l’indicatif du verbe « choir ».

À demain pour un autre tercet obscène.

Si l’envie vous prend d’appuyer financièrement ce projet, n’hésitez surtout pas à le faire!

Vous désabonner

Participez à la discussion !

En savoir plus sur Mille gouttes opalines

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture