Encline au péché
J’aurais eu des tas d’amantes
Cloîtrée au couvent.

Bon, peut-être pas si on se fie aux témoignages d’ex-religieuses lesbiennes.

Dans Ma sœur, mon amour: les religieuses lesbiennes brisent le silence (1985), le témoignage de sœur Hana Zarinah m’avait particulièrement touchée :
« Ma relation avec Rachel est un vrai don. Cʼest grâce à elle que je découvris la spiritualité de la sexualité. Dans lʼamour de Rachel, je me sens proche de Dieu et de mes amis. Elle nʼexige pas de moi que je choisisse entre elle et mon groupe. Nous vivons toutes deux dans la conviction que nous pouvons être ce que nous souhaitons être. Nous nʼavons pas à choisir entre ceci et cela, mais nous reconnaissons et ceci et cela. Je suis très heureuse. Il me faut établir un équilibre entre ma vie communautaire et mon amante. Et quoique cela demande parfois beaucoup dʼeffort, il en vaut bien la peine. Je ne sais où me mènera la vie. Je nʼai quʼà vivre de façon authentique et tout le reste suivra. J’ai écouté mon cœur, lʼEsprit qui est en moi et je vis ma vie sur l’extrême bord.»
Le livre, paru aux États-Unis en 1985 et dirigé par deux ex-sœurs (Rosemary Curb et Nancy Manahan), donnait la parole aux religieuses lesbiennes et révélait leurs drames, leurs luttes, leurs souffrances et leur joie, une fois libérées du poids de la morale étroite de leur couvent. Évidemment, ça n’a pas plu du tout à la hiérarchie de l’Église catholique; les autrices ont reçu des menaces de mort lorsqu’elles ont visité Dublin lors d’une tournée de promotion.
Le livre a presque quarante ans maintenant, et beaucoup des femmes qui témoignent étaient des nonnes (et ont quitté leurs couvents) dans les années 50 et 60, ou juste autour de Vatican II. Pour certaines d’entre elles, le Concile a été un changement qui est arrivé trop tard ; pour d’autres, c’était quelque chose de non désiré, une perturbation suffisante pour être un catalyseur de leur départ. Certaines femmes vivaient dans des congrégations relativement libérales; certaines des auteures du livre qui étaient encore religieuses au moment de la rédaction décrivaient des communautés religieuses qui étaient conscientes, explicitement ou non, de leur sexualité et de leurs relations. Pour d’autres, comme Maria Cristina, l’expérience était plus stricte et pénible :
Il n’y avait pas de relations lesbiennes physiques dans mon couvent parce que nous avions une séparation complète des corps. Chacune d’entre nous avait une cellule, et chaque cellule était verrouillée de l’extérieur avant la retraite par la mère supérieure.
Des femmes sont renvoyées chez elles parce qu’elles avaient un béguin pour une autre sœur, ou méprisées parce qu’elles sont trop masculines; des histoires racontent qu’une personne a été disciplinée ou envoyée dans un autre couvent pour mettre fin à une «amitié particulière».
Suite à leur sortie du couvent, plusieurs de ces femmes sont devenues professeurs, autrices, chercheuses, féministes, anarchistes, sorcières et militantes écologistes. On a donc affaire à un échantillonnage très particulier, mais qui ne change en rien la valeur historique du document.

À demain pour un autre tercet obscène.
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