Mille gouttes opalines

Un senryū érotique chaque matin, pendant mille jours

Trois-cent-cinquante-huitième goutte

Qui donc a décrit
Ce que l’anglais a fait dans
Le château fermé ?

Réponse: c’est André Pieyre de Mandiargues, sous le pseudonyme de Pierre Motion, en 1954.

« Si j’ai eu des passions, dans ma vie, ce n’aura été que pour l’amour, le langage et la liberté. Malgré le désir, présent en moi toujours, d’être poli, l’exercice de ces trois passions capitales n’a pu aller, ne va pas et n’ira encore sans quelque insolence », écrivait André Pieyre de Mandiargues dans la préface qu’il signa de son vrai nom au roman qu’il écrivit lui-même sous un pseudonyme. L’anglais décrit dans le château fermé fut interdit en 1955 et valut à Régine Desforges, son éditrice, une inculpation d’outrage aux bonnes mœurs.

L’ouvrage raconte la dernière orgie de M. de Montcul, un anglais aussi excentrique que sadique et blasé, qui s’est retiré dans sa résidence de Gamehuche, en Côte de Vit – je suis d’accord, c’est ridicule. Dans les caves du château sont entreposées des centaines de tonnes d’explosifs et Montcul déclare dès le début du récit qu’il fera tout sauter « à la première fois qu’après avoir bandé [il ne sera] plus capable de jeter du sperme ». S’ensuit une soirée où les excès les plus invraisemblables se produisent et qui se termine, comme vous le devinez, par « l’éjaculation grandiose » du château.

Entre temps, l’anglais s’amuse, et nous avons droit à des divertissements aussi sanglants que pervers, comme le supplice de la petite Michelette, violée par des poulpes dans un aquarium puis par des molosses excités par la « poudre attire-chiens » dont l’enfant est généreusement ointe. On peut également lire une des rares scènes de cryophilie de la littérature érotique, alors que la jeune Edmonde est sodomisée avec un phallus de glace surdimensionné :

« Je saisis la grande pine de glace, l’assurai bien dans ma poigne ; j’appuyai le bout au centre du troufignon. Il y eut un rétrécissement immédiat, et la rosette, qui s’était épanouie pour mes lèvres, se fronça comme si l’on avait tiré sur un fil (je pensai aussi à une anémone de mer qui se ferme). Puis les fesses commencèrent à trembler, les cuisses eurent cet aspect que l’on nomme “chair de poule”. J’essayai de pénétrer en faisant tourner la pine comme un vilebrequin, mais la peau de l’anus, collée à la glace, tournait avec elle, et cela ne faisait que rétrécir le trou […] J’enfonçai le gland brutalement dans le calice. La patiente hurla de nouveau, son corps se tordait sur la banquette, ses reins tremblaient, je crois qu’elle souffrait horriblement ; l’anus, en tout cas, était dilaté comme je suis sûr que rarement l’avait fait un vit de n…, jamais le plus copieux étron, et le sphincter, follement se resserrait sur mon bélier de glace. »

Excès, outrances, fascination pour l’anomalie et l’étrange, voilà le chemin emprunté par Mandiargues pour transcender la banalité du réel, en allant toujours plus loin dans l’abominable. Une lecture difficilement soutenable, par sa violence et – sans surprise – sa misogynie. On s’en sort hélas rarement avec ces romans érotiques écrits par des dudes avant la seconde vague du féminisme (quoi que… c’est encore souvent le cas aujourd’hui, han).

À demain pour un autre tercet obscène.

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