Mille gouttes opalines

Un senryū érotique chaque matin, pendant mille jours

Deux-cent-vingt-cinquième goutte

Il faut que tu m’huiles
Si tu prévois me passer
À la casserole.

Dans les années 80 et 90, les drames et suspenses érotiques comme Fatal Attraction (1987) et Basic Instinct (1992) étaient à la mode. C’est dans cette tendance que s’inscrit le film 9 Semaines ½ (1986) d’Adrian Lyne, avec Kim Basinger et Mickey Rourke, dont tout le monde se souvient presque exclusivement à cause de sa célèbre scène du frigo.

Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que le film est très très largement (voire vaguement) inspiré d’un roman du même nom de l’américaine Elizabeth McNeill (Ingeborg Day), publié en 1978. Ce qui est bien triste, parce que selon moi, le roman est bien supérieur à son adaptation cinématographique.

Le roman se déroule à New York, où la propriétaire d’une galerie d’art entame une liaison de neuf semaines avec un courtier de Wall Street brutal et dominateur qui se fout de son bien-être et de son consentement, qui reste pour le moins flou pendant tout le roman – même si la femme retire du plaisir de la relation. Celle-ci culmine dans la criminalité, la dépravation et la violence lorsqu’il la convainc de voler un homme sous la menace d’un couteau dans un ascenseur et la force à avoir des relations sexuelles avec quelqu’un d’autre pendant qu’il regarde.

La femme est forcée choisir entre sa santé mentale et un homme pas très intelligent et incapable de ressentir de l’amour – mais qui a su la manipuler pour qu’elle l’aime. Il la laisse souvent attachée, dans une immense douleur, dans son appartement cossu pendant des heures. Le roman se termine alors que la femme, en pleine dépression, est abandonnée par l’homme dans un hôpital psychiatrique. Après une thérapie de plusieurs mois, elle ne le reverra plus jamais.

Alors que le film est une fable presque gentillette, le roman est le récit d’une plongée en enfer provoquée par un pseudo-maître qui foule aux pieds tous les principes du BDSM, à commencer par celui du respect scrupuleux du consentement des partenaires. Bien plus qu’un roman érotique, il s’agit en mon sens d’un avertissement, d’une mise en garde contre les abus qui peuvent se perpétrer en se parant des atours du kink.

À demain pour un autre tercet obscène.

Si l’envie vous prend d’appuyer financièrement ce projet, n’hésitez surtout pas à le faire!

Vous désabonner

Participez à la discussion !

En savoir plus sur Mille gouttes opalines

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture